Ma pratique s’inscrit dans le courant de la psychologie existentielle, dont l’approche du psychisme repose sur une définition de l’inconscient comme étant un potentiel de ressources à découvrir, y compris lorsqu’il y a des traumatismes bloquants. Le travail s’appuie sur ce qui apparaît dans l’ici et maintenant de la rencontre avec le praticien ou avec les membres d’un groupe. Le praticien mène son accompagnement en explorant les phénomènes ou processus qui émergent dans l’instant présent, venant de la construction de l’expérience subjective de la personne qui consulte.
Les fondements de la psychologie existentielle ont été largement décrits dans un manifeste publié en 1965 (« Existential Psychology ») par cinq psychologues américains : Gordon Allport, Herman Feifel, Abraham Maslow, Rollo May, Carl. R Rogers.
Ces psychologues ont voulu fonder leur approche dans la relation thérapeutique en plaçant la personne qui consulte dans un face à face et dans un dialogue avec le thérapeute. Contrairement à Freud qui allongeait ses patients et les écoutait dans une attention flottante. Il s’agit là d’un changement de paradigme dans la conception même de la cure thérapeutique pratiquée traditionnellement selon les méthodes psychanalytiques. Non seulement la relation thérapeutique est centrale dans le processus de transformation de la personne mais il s’agit également d’accorder une place essentielle à diverses valeurs telles que l’autonomie, la singularité de l’individu, l’existence spirituelle et tout ce que cela implique : subjectivité et conscience, liberté et intentionnalité. Ceci, par rapport à un intérêt exclusivement porté sur les causalités dans les courants psychanalytiques et comportementalistes.
L’idée est de regarder comment je fais pour faire ce que je fais et dans quel but, plutôt que pourquoi je le fais.
L’homme est ici perçu comme un être responsable appelé à répondre aux nombreuses questions que la vie lui pose. C’est au cœur du courant philosophique de la phénoménologie que la mouvance existentielle trouve son déploiement. Il s’agit d’effectuer un retour à l’expérience et au vécu en tant que tel : accepter de laisser surgir ce qui apparait, cet être au monde dans l’instant.
Le regard du praticien sur celui qui le consulte devient déterminant, en ce sens qu’il n’est pas purement analytique. Il est en effet enraciné dans une relation, qui a pour objectif d’accueillir ce qui émerge dans l’ici et le maintenant : émotions, ressentis, comportements.
La démarche thérapeutique est ancrée totalement dans la relation avec le patient regardé comme un sujet libre et responsable. Le travail se fait autant à partir de projections dans le passé que dans le futur, avec toujours un retour au vécu dans le présent. Pour paraphraser Sartre : nous ne sommes pas responsables de ce que le monde a fait de nous mais nous sommes responsables de ce que nous faisons de ce que le monde a fait de nous.
Les principes fondamentaux de ce type d’accompagnement psychologique, s’inscrivent dans une écoute active, un non jugement, une empathie, une bienveillance et une authenticité associée à une congruence.
Ce travail, en individuel comme en groupe, s’inscrit dans un questionnement de type socratique sur le sens de la vie, sur l’exercice de la liberté, sur la façon de faire des choix et de s’engager, sur la manière de prendre ses responsabilités et enfin dans la relation à la finitude et à la mort.
En outre, et ceci est fondamental pour asseoir sa vie dans l’expérience de l’incarnation, ce questionnement s’appuie sur les ressentis dans le corps des différentes émotions et sentiments, qu’engendrent cette confrontation à soi-même et aux autres.
L’expérience de groupe, complémentaire aux entretiens individuels, permet d’explorer les relations entre les membres, autour du vécu de chacun à l’intérieur et à l’extérieur du groupe. L’ensemble des participants représente une caisse de résonance des processus psychiques individuels et collectifs. Ces processus sont mis en lumière par le praticien qui anime le groupe. Ce qui permet d’explorer et de travailler, de manière approfondie, les mécanismes de défense de chacun dans les relations, la manière de prendre sa place dans un groupe, les projections inconscientes qui s’opèrent dans toute relation et sur les différents groupes d’appartenance, la manière de faire des choix et d’assumer ses engagements, les questions relatives à la responsabilité, à la liberté et au sens.
Cette expérience de la dynamique des groupes est indispensable pour travailler une des dimensions fondamentales de l’être humain : son appartenance sociale.
Le concept de dynamique de groupe a été principalement développé par la psychosociologie. Il s’agit d’observer, de vivre et d’analyser les phénomènes psychiques et sociologiques qui émergent et se développent dans les petits groupes sociaux, aussi appelés groupes restreints (de quatre à une vingtaine de personnes). Kurt Lewin, psychologue allemand émigré aux Etats Unis à l’époque du nazisme, est l’un des pionniers de ce concept. Ne pouvant concevoir l’individu sans l’intégrer dans ce qu’il a appelé un champ psychologique, il s’est passionné pour la dynamique de groupe. Ses recherches déboucheront sur sa théorie de la dynamique de groupe, qui seront poursuivies, à partir de 1945, au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Les psychologues existentiels se sont beaucoup inspirés des études de Lewin et, plus récemment, des recherches en neurosciences autour du concept de cerveau social, pour proposer un travail sur soi à travers le groupe.
Chapitres 5, 8, 9 et 14, in Les fondements des psychothérapies. De Socrate aux neurosciences, sous la dir. de Michelle Vinot-Coubertergues et Edmond Marc, Paris, Dunod, 2014


L’apport des neurosciences : la compréhension du psycho-traumatisme
Les phénomènes psycho-traumatiques sont de mieux en mieux compris aujourd’hui, grâce notamment aux études réalisées à partir des imageries médicales. Celles-ci permettent de voir les empreintes des évènements traumatiques dans la mémoire. Lorsque ces dernières sont apparues dans la vie précoce de l’enfant en raison de négligences ou maltraitances familiales, cela aura des conséquences sur toutes les étapes suivantes de la vie humaine : sécurité affective, construction de l’identité, relation aux autres. Le développement du cerveau de l’enfant peut être gravement impacté par des manquements parentaux.
Le traumatisme psychique se définit principalement comme le résultat d’une situation où le réel devient impensable. L’individu ne peut plus mobiliser ses ressources psychologiques habituelles pour penser ce qu’il est en train de vivre. On parle alors d’une sortie de la fenêtre de tolérance du psychisme. Celui-ci ne peut plus exercer sa régulation émotionnelle, la personne entre dans ce qu’on appelle une sidération traumatique. Cela concerne bien évidemment des évènements graves de la vie d’adulte mais également la psychologie du développement de l’enfant (problématiques d’attachement aux figures parentales, négligences psycho-affectives ou diverses autres maltraitances de types abus psychiques, physiques, sexuels). La mémoire étant traumatique, le narratif de vie n’est pas fluide.
Certaines violences verbales ou physiques vont provoquer une effraction dans le psychisme. Ce qui entraine alors un processus de dissociation de la personne, autrement dit une déconnexion de son être profond. Faire face à la réalité de ce qui est vécu devient de plus en plus difficile voire impossible. Pour un enfant, cette déconnexion va être très dommageable pour le développement de son cerveau. En effet, l’intégration du moi, c’est-à-dire toutes les étapes d’apprentissage des processus psycho-affectifs et relationnels, ne pourra pas se faire correctement. Si ce retrait du moi perdure, s’installe alors une dissociation structurelle de la personnalité. Il s’agit là d’une nouvelle compréhension du fonctionnement du psychisme qui ouvre des perspectives nouvelles dans l’approche de la psycho-pathologie.
Une personne qui a été exposée à un évènement traumatique est renvoyée à un état de sidération ou de figement traumatique : les mécanismes neurobiologiques de défense du moi que sont la fuite, la lutte et l’inhibition de toute réaction, ne peuvent même plus être mis en fonction. C’est un mécanisme d’anesthésie totale de la pensée et des émotions qui se met alors en place, la vie est comme suspendue et c’est alors l’effroi qui s’impose. Si la personne (un enfant ou un adulte) victime d’un traumatisme n’a pas suffisamment de ressources internes ou externes, pour reprendre pied après un tel chaos, alors elle se dissocie de façon structurelle. Cela pourra entrainer les symptômes suivants : attaques de panique, crises de colère et passages à l’acte, reviviscences, régression ou comportements infantiles, amnésie, dépersonnalisation etc. Les phénomènes de dissociation sont en fait des blocages d’ordre neurobiologique qui privent la personne de sa capacité à retrouver une vie normale.
La persistance d’une mémoire traumatique dans le cerveau humain empêche la personne d’avoir un accès fluide aux informations contenus dans son récit de vie. Se projeter dans le futur ou dans le passé sera toujours une opération difficile. Si dans l’histoire du sujet, il y a de l’impensé ou de l’impensable, alors surgit l’angoisse, notion clé en psychologie existentielle et étroitement liée à la question du sens.
Le thérapeute formé en psycho-traumatologie devra donc conduire son patient de façon très précise et délicate dans un processus de sortie de la dissociation structurelle. Des méthodes telles que l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing – fr : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) vont permettre à la personne de pouvoir mobiliser à nouveau ses ressources psychiques, notamment en retrouvant une régulation émotionnelle, une clarification de sa pensée et des comportements adaptés.
Résilience et fluidité relationnelle sont les maîtres mots définissant les résultats d’un travail sur soi réussi.
Chapitres 16, 18 et 19, in Les fondements des psychothérapies. De Socrate aux neurosciences, sous la dir. de Michelle Vinot-Coubertergues et Edmond Marc, Paris, Dunod, 2014


Le ginkgo biloba est un arbre dont la longévité peut excéder 3000 ans. Il a montré une exceptionnelle résilience dans la catastrophe nucléaire d’Hiroshima car c’est la seule espèce qui a pu y survivre. Sa feuille est utilisée comme médication pour une meilleure circulation sanguine. J’ai choisi ce symbole car il reflète ma perception du travail psychothérapeutique : résilience et fluidité relationnelle.